Être atteint d’une maladie chronique ne signifie pas devoir renoncer aux voyages. Une bonne préparation est essentielle – tout comme une approche réaliste des risques. Dans cet entretien avec le Prof. Dr méd. Dr phil. Gerhard Rogler, directeur de la Clinique de gastroentérologie et d’hépatologie à l’Hôpital universitaire de Zurich, les personnes concernées découvrent comment planifier judicieusement vaccinations, médicaments et longs déplacements, à quoi il faut faire attention en voyage – et pourquoi la sérénité reste un élément essentiel de tout voyage.
Les questions suivantes sont abordées dans l’article:
- Quels points les personnes atteintes de maladies chroniques devraient-elles examiner en priorité lors de la planification d’un voyage, et pourquoi est-il si important de consulter suffisamment tôt son médecin de famille ou son spécialiste?
- Quels examens médicaux ou contrôles préalables sont utiles avant un voyage – en particulier à l’étranger – et comment détermine-t-on l’aptitude à voyager ou à prendre l’avion?
- Comment établir un plan clair des médicaments à emporter en voyage, et pourquoi les dénominations internationales des principes actifs sont-elles particulièrement importantes?
- Que faut-il prendre en compte pour le transport et le stockage des médicaments, notamment en cas de chaleur, de froid ou pour les préparations sensibles à la lumière comme les biothérapies ou l’insuline?
- Quels documents et certificats médicaux faut-il impérativement emporter en voyage, et quand des attestations spéciales sont-elles nécessaires pour les médicaments transportés dans les bagages à main?
- À quoi les personnes concernées doivent-elles prêter attention lors du choix de l’hébergement, de l’itinéraire et de l’offre médicale dans le pays de destination afin d’être bien protégées en cas d’urgence?
- Existe-t-il des maladies chroniques pour lesquelles la planification d’un voyage est particulièrement difficile – par exemple la maladie cœliaque?
- Comment se préparer à de longs trajets en voiture ou en avion en cas de maladie chronique, et quelles mesures permettent d’éviter les risques tels que les thromboses ou les interruptions de traitement?
- Quels signaux d’alerte indiquent en voyage que le corps a besoin de repos ou que la maladie s’aggrave, et comment réagir en cas d’aggravation aiguë à l’étranger?
- Votre conseil le plus important: comment réussir à planifier un voyage malgré une maladie chronique sans se sentir constamment limité ou inquiet?
- Courte check-list: voyager avec une maladie chronique
Professeur Rogler, quels points les personnes atteintes de maladies chroniques devraient-elles examiner en priorité lors de la planification d’un voyage, et pourquoi est-il si important de consulter suffisamment tôt son médecin de famille ou son spécialiste?
Pour moi, le tout premier point lors de la planification d’un voyage concerne clairement les vaccinations. Les personnes atteintes de maladies chroniques prennent souvent des médicaments qui influencent ou suppriment le système immunitaire. Cela a un impact direct sur les vaccins autorisés et ceux qui ne le sont pas.
Un exemple classique est le vaccin contre la fièvre jaune. Il s’agit d’un vaccin vivant qui ne peut pas être administré à de nombreux patients immunodéprimés. Dans certains pays, cette vaccination est pourtant une condition d’entrée. Cela signifie: sans vaccination, pas de passage de frontière – indépendamment de l’état général de la personne.
C’est précisément là que se situe le problème: de nombreuses personnes concernées consultent beaucoup trop tard. Vouloir «tout régler» deux semaines avant le départ ne fonctionne pas. Certains vaccins doivent être administrés plusieurs fois, avec des intervalles de quatre à six semaines. Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, il est particulièrement important que le programme vaccinal soit complété à temps et dans son intégralité.
Je recommande donc vivement de consulter au plus tard deux mois avant le départ le médecin de famille, le spécialiste traitant ou un centre spécialisé en médecine des voyages. On y connaît également les risques d’infection actuels dans certaines régions – ce que nous ne pouvons souvent pas détailler dans le quotidien clinique.
Quels examens médicaux ou contrôles préalables sont utiles avant un voyage – en particulier à l’étranger – et comment détermine-t-on l’aptitude à voyager ou à prendre l’avion?
En principe, il ne faut pas voyager en cas de poussée aiguë de la maladie. Ce n’est jamais une bonne idée. Une poussée doit d’abord être traitée et stabilisée avant de s’exposer à des contraintes supplémentaires comme un voyage.
Dans de nombreuses maladies chroniques, l’évolution n’est pas totalement stable. Il existe des phases durant lesquelles une aggravation s’annonce progressivement, sans être immédiatement perceptible. Avant des voyages plus longs ou plus lointains, je recommande donc un contrôle médical: y a-t-il des signes d’activité de la maladie? Les valeurs de laboratoire ou les symptômes ont-ils changé?
La question de l’aptitude à voyager ou à prendre l’avion dépend finalement du fait que la maladie soit stable et bien contrôlée. Si la maladie se trouve dans une phase calme, il est généralement possible de voyager sans problème.
Comment établir un plan clair des médicaments à emporter en voyage, et pourquoi les dénominations internationales des principes actifs sont-elles particulièrement importantes?
Mon conseil le plus important est le suivant: emportez tous les médicaments nécessaires en quantité suffisante. Du moins si vous ne partez pas pour plusieurs mois. La disponibilité des médicaments varie fortement d’un pays à l’autre. Certaines préparations n’existent pas du tout, d’autres seulement avec des dosages différents.
Il est également très important de connaître les dénominations internationales des principes actifs. Les noms commerciaux varient dans le monde entier, mais le principe actif reste le même. Si les médicaments sont perdus ou volés, ces informations facilitent grandement l’obtention d’un remplacement.
Nous établissons aussi pour nos patients des attestations médicales en anglais confirmant quels médicaments sont nécessaires. De tels documents peuvent également être délivrés par le médecin de famille et sont très utiles en voyage.
Que faut-il prendre en compte pour le transport et le stockage des médicaments, notamment en cas de chaleur, de froid ou pour les préparations sensibles à la lumière comme les biothérapies ou l’insuline?
Je rencontre ici beaucoup d’inquiétudes inutiles. Bien sûr, les fabricants indiquent des conditions de stockage très strictes, par exemple une réfrigération à quatre degrés. Mais il faut comprendre une chose: les biothérapies sont des anticorps. Après injection, ils circulent pendant des semaines à 37 degrés dans le corps humain.
Cela signifie qu’une température ambiante pendant quelques jours ne nuit pas à ces médicaments. Ce qu’il faut absolument éviter, ce sont les conditions extrêmes. Les médicaments ne doivent pas être exposés à une forte chaleur – par exemple sur le tableau de bord d’une voiture – et ils ne doivent pas non plus geler. Il faut également les protéger de la lumière directe du soleil.
Dans les bagages à main en avion, les médicaments sont très bien conservés. Les températures y sont constantes, autour de 22 degrés. Je déconseillerais plutôt de placer des préparations sensibles à la température dans la soute, car on ne connaît pas précisément les conditions qui y règnent.
Quels documents et certificats médicaux faut-il impérativement emporter en voyage, et quand des attestations spéciales sont-elles nécessaires pour les médicaments transportés dans les bagages à main?
En principe, je recommande d’avoir toujours les documents suivants:
- une attestation médicale pour les médicaments liquides, les seringues ou les préparations particulières
- une ordonnance avec les dénominations internationales des principes actifs
- un court rapport médical avec les diagnostics principaux
En particulier pour les médicaments liquides ou coûteux, l’absence de certificat peut entraîner des problèmes lors des contrôles de sécurité ou à la douane. Ces documents devraient être facilement accessibles – et non dans les bagages enregistrés.
À quoi les personnes concernées doivent-elles prêter attention lors du choix de l’hébergement, de l’itinéraire et de l’offre médicale dans le pays de destination afin d’être bien protégées en cas d’urgence?
Cela dépend beaucoup du type de voyage. Les personnes qui se rendent dans des régions isolées – par exemple lors de treks ou en haute montagne – doivent savoir que l’accès aux soins médicaux peut être très éloigné. Dans ces situations, il est particulièrement important d’emporter des médicaments de réserve et de se préparer à une certaine autonomie.
J’ai déjà reçu des messages de patients à plus de 6’000 mètres d’altitude qui écrivaient depuis des stations d’approvisionnement. Lorsqu’on est bien préparé, cela fonctionne étonnamment bien. Beaucoup acceptent ce risque en connaissance de cause – et s’en sortent très bien.
Voyager avec la maladie cœliaque – les points essentiels
- Vérifier le pays de destination: s’informer sur la disponibilité d’aliments sans gluten.
- Planifier à l’avance: rechercher des restaurants ou hébergements adaptés.
- Emporter ses propres snacks: prévoir une réserve sans gluten pour le voyage.
- Communiquer clairement: avoir les termes «sans gluten» et «maladie cœliaque» dans la langue locale.
- Avoir un justificatif: emporter une carte de maladie cœliaque ou un certificat médical.
- Rester serein: être bien préparé – sans transformer chaque repas en source de stress.
Existe-t-il des maladies chroniques pour lesquelles la planification d’un voyage est particulièrement difficile – par exemple la maladie cœliaque?
Oui, la maladie cœliaque en est un bon exemple. Les personnes qui doivent suivre strictement un régime sans gluten rencontrent souvent des défis supplémentaires en voyage. Dans certains pays, l’offre de plats sans gluten est excellente – par exemple en Italie ou en Australie. Dans d’autres régions, il peut être beaucoup plus difficile de manger sans gluten en toute sécurité.
Il est donc important de s’informer à l’avance: existe-t-il dans le pays de destination des restaurants proposant des options sans gluten? Le personnel est-il bien formé? Dans certains cas, il peut être utile d’emporter ses propres snacks ou aliments de base sans gluten afin d’être sûr.
Mais là aussi, il faut rester réaliste et ne pas se laisser inquiéter en permanence. Une bonne préparation et la connaissance des risques permettent de voyager sereinement même avec une maladie cœliaque – sans craindre chaque repas.
Comment se préparer à de longs trajets en voiture ou en avion en cas de maladie chronique, et quelles mesures permettent d’éviter les risques tels que les thromboses ou les interruptions de traitement?
Les maladies inflammatoires s’accompagnent en principe d’un risque accru de thrombose. C’est pourquoi, lors de longs trajets en avion ou en voiture, nous recommandons souvent une prophylaxie de la thrombose par héparine de bas poids moléculaire, que le médecin de famille peut prescrire.
En cas de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, les longs vols peuvent également déclencher des poussées. Dans ce cas, il est possible d’utiliser à titre préventif un traitement de courte durée, à action locale. Cela doit également être discuté individuellement à l’avance.
Il est en outre important de penser à d’éventuelles interruptions de traitement – par exemple lorsque les repas sont supprimés dans l’avion ou que les plans de voyage changent de manière imprévue.
Quels signaux d’alerte indiquent en voyage que le corps a besoin de repos ou que la maladie s’aggrave, et comment réagir en cas d’aggravation aiguë à l’étranger?
Les signaux d’alerte peuvent être très variés. Il peut s’agir d’une fatigue persistante, de douleurs nouvelles ou plus fortes, de crampes abdominales ou de douleurs articulaires. Il ne faut pas attribuer trop vite ces symptômes au stress du voyage, à des courbatures ou à une infection bénigne.
J’encourage explicitement mes patients à nous contacter même depuis l’étranger s’ils ne sont pas sûrs. Le médecin traitant connaît l’histoire individuelle de la maladie et peut mieux interpréter les symptômes. Si nécessaire, un contact avec des spécialistes sur place peut aussi être établi.
Votre conseil le plus important: comment réussir à planifier un voyage malgré une maladie chronique sans se sentir constamment limité ou inquiet?
En principe, nous ne déconseillons aucun voyage si une personne souhaite vraiment le faire. L’essentiel est une bonne préparation – et cela demande un peu de temps.
Il ne faut pas se limiter ni se laisser inquiéter en permanence. Bien sûr, il existe des règles théoriques, par exemple éviter les glaçons dans les boissons ou remettre en question chaque aliment. Dans la pratique, presque personne ne s’y tient de manière strictement cohérente. Un peu de légèreté fait partie du voyage.
Mon conseil le plus important est donc: prévention oui, peur non. Une bonne préparation permet de voyager plus sereinement – et de vraiment profiter du voyage.
Courte check-list: voyager avec une maladie chronique – selon les recommandations du Prof. Rogler
Avant le voyage (env. 8 semaines avant)
☐ Consulter le médecin de famille ou le spécialiste
☐ Vérifier le statut vaccinal (attention en cas d’immunosuppression)
☐ Planifier le voyage uniquement si la maladie est stable
Médicaments
☐ Emporter tous les médicaments en quantité suffisante
☐ Noter les noms internationaux des principes actifs
☐ Mettre les médicaments dans les bagages à main
Documents
☐ Attestation médicale pour les médicaments liquides/seringues
☐ Ordonnance(s) avec les noms des principes actifs
☐ Court rapport médical avec diagnostics
Transport & stockage
☐ Éviter la chaleur et le froid extrêmes
☐ Ne pas congeler, protéger du soleil
☐ La cabine de l’avion convient pour les médicaments
Longs trajets
☐ Évaluer le risque de thrombose
☐ Bouger & boire suffisamment
☐ Prévoir une alimentation d’urgence
En route
☐ Prendre les signaux d’alerte au sérieux (fatigue, douleurs)
☐ En cas de doute, chercher un avis médical rapidement

Prof. Dr méd. Dr phil. Gerhard Rogler, Hôpital universitaire de Zurich
Directeur de clinique, Clinique de gastroentérologie et d’hépatologie