Lorsque les températures baissent, de nombreuses femmes ressentent non seulement davantage le froid, mais aussi une charge accrue pour le cœur et la circulation. Pourquoi est-ce le cas, quel rôle jouent les hormones, la tension artérielle et le stress – et comment réduire de manière ciblée les risques en hiver –, le professeur Klaus Tiroch l’explique dans cet entretien.
Questions en un coup d’œil
- Pourquoi les femmes réagissent-elles souvent plus sensiblement au froid?
- Quels mécanismes entraînent une augmentation de la charge cardiovasculaire à basse température – et pourquoi le risque de maladies cardio-vasculaires augmente-t-il en hiver?
- Quel rôle jouent les hormones et le métabolisme dans la régulation de la tension artérielle en hiver?
- Quels symptômes indiquent des troubles circulatoires – et à partir de quand deviennent-ils dangereux?
- Prévention: qu’est-ce qui réduit le risque de problèmes cardiaques induits par le froid?
- Activité physique & alimentation: comment stabiliser la circulation en hiver?
- Pourquoi la protection contre le froid est-elle particulièrement importante chez les femmes souffrant d’hypertension – et quelles stratégies sont judicieuses?
- Quels contrôles médicaux sont particulièrement recommandés pour les femmes dès 40 ans – notamment en hiver?
- Quel rôle joue la gestion du stress pour la santé cardiaque féminine en hiver?
- Votre conseil le plus important: comment les femmes peuvent-elles rester en forme et préserver la santé de leur cœur pendant la saison froide?
Monsieur Tiroch, pourquoi les femmes réagissent-elles souvent plus sensiblement au froid?
Plusieurs paramètres physiologiques peuvent servir d’explication, avec toutefois de grandes différences individuelles. En moyenne, les femmes présentent un rapport surface/masse plus élevé et disposent généralement de moins de masse musculaire. La chaleur est ainsi perdue plus rapidement par la peau, tandis que la production de chaleur par l’activité musculaire est moindre.
S’y ajoute la circulation périphérique: des études montrent que les femmes développent plus fréquemment des températures cutanées plus basses en cas de froid et perçoivent subjectivement le froid de manière plus intense. Un autre facteur est la dynamique hormonale. Le cycle, la grossesse et en particulier la ménopause influencent la thermorégulation. La baisse des taux d’estradiol – par exemple après la ménopause – peut accroître la sensibilité au froid, probablement aussi via une modification de l’activité des récepteurs du froid.
Une forme extrême en est le phénomène de Raynaud: une vasoconstriction excessive déclenchée par le froid, nettement plus fréquente chez les femmes, qui illustre de manière frappante la sensibilité des vaisseaux périphériques au froid.
Quels mécanismes entraînent une augmentation de la charge cardiovasculaire à basse température – et pourquoi le risque de maladies cardio-vasculaires augmente-t-il en hiver?
Le froid agit comme un test de stress biologique. La constriction des vaisseaux sanguins augmente la résistance vasculaire, le sang est centralisé et la tension artérielle s’élève. Parallèlement, le froid active le système nerveux sympathique: la noradrénaline augmente, la fréquence cardiaque et la tension vasculaire s’accroissent.
En hiver s’ajoute le fait que le sang devient plus «visqueux». La combinaison du froid et d’un effort soudain et inhabituel – par exemple lors du déneigement – est particulièrement dangereuse. L’American Heart Association met explicitement en garde et recommande de faire des pauses et de prêter attention aux signaux d’alerte du corps.
S’y ajoutent des facteurs indirects: en hiver, nous bougeons moins, avons plus souvent des infections et recevons moins de lumière du jour. Tout cela augmente encore le risque de problèmes cardio-vasculaires.
Quel rôle jouent les hormones et le métabolisme dans la régulation de la tension artérielle en hiver?
Le froid active l’«axe d’urgence» composé du système sympathique et des catécholamines. L’adrénaline et la noradrénaline augmentent, ce qui accroît la performance cardiaque et la résistance vasculaire – la tension artérielle s’élève. Dans la boucle de rétroaction entre le cœur et les reins, le système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) est également davantage activé; la littérature spécialisée évoque ce mécanisme dans le cadre de l’hypertension hivernale.
L’axe vitamine D et lumière joue aussi un rôle indirect. La baisse des taux de vitamine D en hiver est associée à des valeurs tensionnelles plus élevées, possiblement également via le SRAA. Pour les femmes en péri- et postménopause, cela est particulièrement pertinent: la diminution des œstrogènes entraîne la perte d’effets vasodilatateurs, tandis que les réponses vasoconstrictrices et sympathiques peuvent augmenter.
Quels symptômes indiquent des troubles circulatoires – et à partir de quand deviennent-ils dangereux?
Les signes d’alerte fréquents sont:
- étourdissements ou sensation de tête légère
- sueurs froides
- palpitations
- fatigue rapide
- essoufflement lors d’efforts légers
- mains très froides ou pâles
Des augmentations marquées de la tension artérielle accompagnées d’une sensation de pression dans la tête doivent également être prises au sérieux.
Agir immédiatement et appeler les secours si les symptômes suivants apparaissent:
- douleurs thoraciques ou sensation d’oppression, éventuellement irradiant vers le bras, la mâchoire ou le dos
- essoufflement au repos
- sensation de malaise ou brève perte de connaissance
- troubles soudains de la parole, de la vision ou paralysies
Ici, il ne faut pas attendre – chaque minute compte.
Prévention: qu’est-ce qui réduit le risque de problèmes cardiaques induits par le froid?
Se tenir chaud n’est pas un détail, mais un élément essentiel pour la santé. Plusieurs couches de vêtements, des chaussures chaudes, des gants ainsi qu’une protection de la tête et du cou sont déterminants. Les vêtements mouillés doivent être changés immédiatement.
Les efforts importants par temps froid doivent être évités. Pas de «démarrage à froid» avec un travail pénible. Il vaut mieux commencer lentement, faire des pauses et écouter son corps.
Le contrôle de la tension artérielle est également très important. En hiver, il est conseillé de mesurer plus fréquemment – idéalement à domicile. Si les valeurs augmentent durablement, le traitement doit être adapté en concertation avec la médecin ou le médecin. Les infections doivent aussi être prises au sérieux, car elles sollicitent davantage le cœur.
Activité physique & alimentation: comment stabiliser la circulation en hiver?
Les recommandations de la Société Suisse de Cardiologie sont claires: 20 à 40 minutes d’activité physique modérée quatre à six jours par semaine, y compris en intérieur. L’échauffement doit être prolongé et le retour au calme ne doit pas être négligé.
L’alimentation et l’hydratation jouent également un rôle clé. Des repas chauds et modérés en sel, comme les soupes, les ragoûts, les légumes, les légumineuses et les produits céréaliers complets, stabilisent le métabolisme et évitent de fortes fluctuations de la glycémie.
L’air sec de l’hiver conduit souvent à une hydratation insuffisante – un facteur sous-estimé de réactions défavorables de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque. L’alcool n’est pas une stratégie pour se réchauffer et peut altérer la gestion des risques et la perception.
Pourquoi la protection contre le froid est-elle particulièrement importante chez les femmes souffrant d’hypertension – et quelles stratégies sont judicieuses?
Chez les femmes hypertendues, deux éléments se conjuguent: des vaisseaux déjà rétrécis et la vasoconstriction supplémentaire induite par le froid. Il en résulte plus rapidement des pics tensionnels dangereux.
Une bonne planification est utile: programmer les activités extérieures de préférence aux heures les plus chaudes de la journée, prévoir des pauses et utiliser des lieux de repli chauffés. Un profil tensionnel sur plusieurs jours en hiver peut aider à détecter précocement les changements.
Quels contrôles médicaux sont particulièrement recommandés pour les femmes dès 40 ans – notamment en hiver?
En Suisse, un bilan de santé est recommandé tous les trois ans dès 40 ans. S’y ajoutent utilement:
- mesure régulière de la tension artérielle
- contrôle des lipides sanguins et de la glycémie
- vérification des paramètres rénaux
- évaluation du risque cardio-vasculaire individuel
En cas de symptômes tels que l’essoufflement ou une baisse des performances, un ECG doit être réalisé – de manière ciblée et non «simplement par sécurité».
Quel rôle joue la gestion du stress pour la santé cardiaque féminine en hiver?
Le stress renforce l’activité sympathique – précisément la voie déjà fortement sollicitée en hiver. En péri- et ménopause, les mécanismes de régulation autonome sont en outre plus vulnérables. Concrètement, cela signifie: stabiliser le sommeil, instaurer de courtes routines quotidiennes de décharge de 10 à 15 minutes et utiliser l’activité physique comme principal outil de gestion du stress.
Votre conseil le plus important: comment les femmes peuvent-elles rester en forme et préserver la santé de leur cœur pendant la saison froide?
Ne faites pas du froid une épreuve de courage, mais acceptez les conditions et adaptez-vous en conséquence: s’hydrater suffisamment, démarrer au chaud, solliciter le corps de manière modérée, garder un œil sur la tension artérielle – et agir de manière cohérente en cas de symptômes d’urgence. C’est la combinaison offrant le meilleur résultat.

Prof. Dr méd. Klaus Tiroch
directeur médical
médecin-chef en cardiologie du Herz-Neuro-Zentrum Bodensee